le clin d'oeil de Pierre

voyages, sport, musique, chez moi... tout un BLOGramme !! "il faut être libre par rapport à soi-même pour progresser..." " le respect...ça change la vie ..."

mercredi 4 février 2009

on rentre...

Eh voilà...

même si cette histoire prend fin...il y aura une suite...

Samedi 9 juin : le retour… 

L’avion s'élance sur la piste et dans un mouvement majestueux s'envole en tournant sur sa droite pour survoler Oran, comme pour me permettre de l'embrasser une dernière fois...Cette séparation est heureuse car...

Tous ces gens que j’ai croisés, que j’ai redécouverts comme si on s’était quitté hier, et dont je suis fier, cette ville qui ne m’aura donné que du bonheur, sans chichis, tout cela me fait dire qu’il y aura d’autres occasions. Je n’ai pas le droit de me contenter de ce séjour. J ’ai franchi un palier, mais il y a encore d’autres marches à monter.

Il faut que toutes celles et tous ceux qui ont un rapport fusionnel avec l’Algérie franchissent le pas, et ramènent à leurs justes proportions ce qu’on lit ou ce que l’on entend çà et là. Car là-bas, ils ont besoin de nous voir, de nous parler, de nous comprendre.

En faisant ce voyage, on est en mesure de se faire véritablement sa propre opinion, de se rendre compte de ce qu’est leur vie. Bien sûr tout n’est pas rose, loin s’en faut. La pauvreté existe, les villes ont subi l’outrage des ans mais aussi de ceux qui les dirigent ; La corruption existe, même si on ne la voit pas ouvertement.

Ces phénomènes ne sont pas propres à l’Algérie. Ces phénomènes existent partout dans le monde et dans les pays dits « civilisés » (quel mot dégradant pour tous les autres), ils sont beaucoup plus sournois tout comme l’injustice.

Alors juger « sur le tas », aller sur place, voir, écouter, échanger sont les meilleures démarches pour obtenir des réponses à des questions personnelles. C’est aussi montrer qu’on les respecte.

Et puis comment peut-on sous prétexte d’un désaccord avec ceux qui dirigent l’Algérie, faire table rase de SON pays, de SA ville, de SES origines, de SON passé ? Cela voudrait dire que nous serions des expatriés permanents parce que les politiques qui se succèdent dans nos pays respectifs ne nous conviennent pas ? Il faudrait être particulièrement riche pour « errer » ça et là, s’installer un coup à New York, un coup à Rome, un coup à Madrid !

Aujourd’hui je suis complètement en paix, droit dans mes bottes. Mon rêve s’est  réalisé, j’ai franchi le pas. Ai-je pris un risque ? Peu importe la réponse car à aucun moment je ne me suis senti « hors sujet ».

Je me répète mais j’ai vu, j’ai entendu, j’ai échangé, et je reviens heureux et comblé.

Les Algériens ont besoin, comme nous, de parler, de savoir, d’échanger, qu'on les comprenne. Dans leurs yeux pointe la même petite flamme. Nous sommes faits du même bois. Je n’ai cessé de penser à tous mes proches pendant ce séjour, car je sais au fond de moi qu’ils auraient eu le même regard, détaché de toute contingence politique ou autre. Et comme moi ils auraient guéri un grand nombre de plaies.

Oran, je l’ai déjà dit, tu m’as ouvert tes bras et ton cœur, comme une mère à son fils. Tu m’as donné tout ce que tu possèdes, et c’est là le plus beau des cadeaux. Aujourd’hui je vais continuer à parler de toi avec une tendresse que tu ne peux imaginer. Je vais continuer à te défendre, à transmettre cette image de fraternité, de convivialité et d’amour qui ne t’a jamais quitté.


« Le destin est ce qui nous arrive au moment où on ne s’y attend pas ». Tahar Ben Jelloun.

« Le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste ». Cléanthe.

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lundi 2 février 2009

un coup sur la tête...

dur dur...

à suivre...

Vendredi 8 juin : mes vacances au Cap Falcon…

Christine se repose, et je pars donc avec Malek au rendez-vous que nous avions pris avec Ghalia et Mourad. Mais avant de les retrouver j’en profite pour refaire le boulevard Marceau à pied, m’arrêtant devant le magasin de photos transformé en quincaillerie, le bar des Roman, aujourd’hui fermé, la pharmacie, la boulangerie sur le trottoir opposé, le magasin de la famille Cadène, autant d’endroits pleins de souvenirs.

Nous retrouvons Ghalia Mourad et leurs deux filles: moment à nouveau chaleureux. Ghalia ayant l’intention de venir voir son fils en France, je lui propose de lui fournir une attestation d’hébergement nécessaire à la constitution d’un visa. Avant de nous quitter ils m’offrent deux très belles « djellabas », et nous les laissons sur un « au revoir » plein d’émotion. Je m’éloigne de mon immeuble en me jurant d’y revenir prochainement.

Nous  récupérons Nacera et Christine, et partons pour Cap Falcon via la Corniche supérieure. Nous déjeunons à Trouville au « Mistral ». Un menu à base de soles, calamars, rougets, poivrons marinés : un vrai régal ! Et la promenade reprend. Nous traversons Aïn  El Turk, et une nouvelle fois mon cœur s’accélère. Dans quelques instants, la baie du Cap Falcon va s’ouvrir à moi, je vais descendre sur la plage par la route des dunes, à hauteur du cabanon de ma jeunesse, je vais marcher sur le sable, dans l’eau, ce sable et cette eau que je vais apprécier autrement, avec une volupté particulière.

Ouah ! L’entrée du village a bien changé : premier choc ! Des constructions à perte de vue, les commerces de la rue centrale sont là, mais je ne les reconnais pas tous !

Nous arrivons en bas du phare. Là encore des maisons non finies, entassées les unes sur les autres sans aucun goût particulier !

Ah ! La route du phare est fermée : base militaire ! Bon tant pis! Nous retournons sur nos pas direction la plage. Je ne reconnais plus grand-chose ! Ce n’est pas possible. Ça n’a pas pu changer à ce point ! Je ne suis qu’en interrogations !! Je ne retrouve même pas la route des dunes, celle que nous prenions pour arriver au cabanon.

A l’extrémité de la baie près du grand garage à bateaux qui lui est toujours bien en place, nous descendons par un de ces nombreux escaliers déjà présents à l’époque.

L’île au chameau me tourne un peu le dos, peut-être un peu honteuse du spectacle offert ?

Nous sommes sur la plage. Elle est sale ce qui donne au sable une couleur triste. Le contraste vient de l’eau, claire, attirante.

Je marche suivi par Malek et Christine qui ont certainement décelé la tension qui monte en moi. Je leur suis reconnaissant de ne pas en rajouter, de ne rien dire, de me laisser commenter seul, tentant de minimiser la gifle que je viens de prendre en pleine figure, mais surtout en plein cœur. Je ne reconnais vraiment plus grand-chose !

Tout a été pratiquement détruit. Nos cabanons n’existent plus. L’impression qu’ils ont été recouverts de béton, de pierres, de murs, de peintures qui n’ont rien à faire là ! Ce n’est pas possible !

Cet endroit magique, où grâce à mon oncle Julien nous passions des vacances de rêve, cet endroit est mort ! Toutes les photos qui s’y attachent sont pourtant bien réelles. Que s’est-il passé ?

Les dunes que nous dévalions avec ma cousine Monique en roulades successives à en perdre la tête et l’équilibre, ces dunes où nous nous cachions pour fumer nos premières cigarettes à la menthe.

J’ai le cœur lourd et je me raccroche aux souvenirs pour faire fuir ce moment. J’ai envie de pleurer, mais le passé me rassure.

En fin d'après-midi après une journée de plage bien remplie, j’enfilais mon ensemble bleu ciel, pantalon et chemise, confectionné par ma grand-mère, mes mocassins blancs, et avec copains et copines, on « montait » au village, rassemblés autour d’un juke-box qui déversait les succès de Paul Anka, d’Elvis Presley, des Chaussettes Noires…Le terrain de hand où j’arborais un polo noir  avec un numéro 1 cousu dans le dos, un short blanc et des chaussettes rouges que je rentrais pour cacher le liseré blanc en haut…comme l’équipe de France…La course annuelle de canoë kayak entre Cap Falcon et Aïn El Turk et tous ces équipages venus d’un peu partout. J’enviais mon frère qui y participait avec mon cousin Dédé dans une embarcation tellement lourde que la devise de Pierre de Coubertin leur allait à merveille !...Le bob  blanc de la marine américaine que nous portions comme un étendard magique et nos maillots de bain Minville !...Mon oncle Julien, pêcheur invétéré qui partait très tôt le matin en mer avec mon père, et que nous rappelions vers midi en baissant le store orange sur la terrasse…Les jeux de guerre avec un copain qui nous offrait un véritable trésor : casques, ceintures, fausses grenades achetés dans un surplus…

Le soir après le dîner, les retrouvailles sur le sable autour d’un feu, où emmitouflés dans des couvertures, nous découvrions les premiers émois, les premiers flirts !...

Nous quittons Cap Falcon, et je n’en crois toujours pas mes yeux. Oran s’est offerte à moi, vieillie oui, défraîchie oui, mais vraie, authentique, et là cette sensation de carton pâte qui va s’écrouler, qui ne ressemble à rien !

Nous longeons la côte vers les Andalouses, Bou Sfer, pour retrouver la Corniche, le rocher de la Vieille, l’Escargot redessiné mais où l’on aperçoit l’ancien tracé, le fort de Mers El Kebir, le fameux tunnel à l’entrée du port.

Nous passons dire bonjour à d’autres amis de Malek et Nacera et rentrons sur Canastel.

Christine prépare les valises. Eh oui demain matin je vais quitter ma deuxième famille.

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samedi 31 janvier 2009

Lamoricière...

Journée "scolaire"....

Jeudi 7 juin : programme soutenu…

La journée commence avenue Loubet près de la place des Victoires. Après avoir garé la voiture dans une rue voisine sous la surveillance d’un  gardien (l’un des nombreux petits boulots), nous déambulons sous les arcades avec visite du magasin « Images » où l’on trouve toutes sortes de peintures, photos et poteries d’artistes oranais.

Nous prenons des gâteaux dans  l’une des meilleures pâtisseries d’Oran : « l’Algéroise », un comble ! Sans oublier les « madgebs » des crêpes farcies, et nous remontons vers la gare destination l’école Lamoricière.

La porte est entr’ouverte. J’entre dans la cour et m’approche d’un petit groupe de personnes ; je me présente, et la directrice m’accompagne très gentiment dans l’une des classes qui m’ont accueilli pendant quelques années.

Les pupitres sont toujours là, et en m’asseyant des souvenir ressurgissent dans mon esprit.

Le jour où m’amusant avec un ressort à l’abri des regards, les mains cachées sous le bureau, je finis par le planter dans mon index. Cet acte va être le début d’une souffrance et d’un calvaire que seuls mes larmes et un « Monsieur j’ai fait une bêtise ! » vont stopper ! En effet voulant le retirer, je le roulais dans le mauvais sens, et au lieu de sortir il s’enfonçait un peu plus !

Et ce jour où rentrant à la maison, ma mère s’aperçoit que ma bouche et mes lèvres ont une allure bizarre. Après un interrogatoire soupçonneux, je lui avoue que mon maître en guise de punition nous impose de tenir entre les dents une sorte de bouchon en caoutchouc…bonjour l’hygiène ! Ni une ni deux, direction l’école, explications tendues, et une conclusion attendue par tous les parents : le retrait pur et simple de ce genre de punition. Dans mon malheur, je deviens un héros !

A la récréation, les parties de « pignols » noyaux d’abricots que nous mettons en tas et qu’il faut faire tomber pour les gagner, les « cartelettes », paquets de cartes de boîtes d’allumettes qu’une frappe de main légèrement creusée nous permet de retourner. De véritables institutions scolaires !

Après avoir chaleureusement remercié la directrice, nous regagnons la gare et sa très belle architecture, puis la rue Lamoricière et la fameuse côte, signe de la fin de notre calvaire quand nous rentrions du lycée!

Quelques échanges avec des passants, le propriétaire d’une mercerie qui nous offre un café tout en se rappelant les bons souvenirs au temps où français et musulmans vivaient en bonne harmonie, quoi qu’on en dise! Et toujours ces "bienvenue chez vous" qui font chaud au cœur.

Nous passons chez Belkacem récupérer nos achats de la veille et retour vers Canastel après un détour par Saint Eugène  et le bâtiment des petites sœurs des pauvres.

Après déjeuner, Malek prend le relais et nous partons pour le lycée Lamoricière aujourd’hui Pasteur. Arrivés sur place, la visite ne pose aucun problème, et c’est à nouveau un moment fort de cette semaine. Le bâtiment est resté tel quel. Les noms des cours sont toujours les mêmes: Oliva,  Pachtère. Les petites fontaines centrales ne déversent plus d’eau, mais elles sont là, le carrelage et les encadrements des portes des classes sont toujours les mêmes. Dans ce lycée calme et sans bruit (vacances obligent) j’aurais aimé, douce utopie,  entendre les pas, les mots, les cris de tous ces copains que j’ai perdus de vue, les repas le midi au réfectoire, tout ce qui en faisait un lieu de vie grouillant et extraordinaire. Je me souviens  au plus fort des manifestations, quand les grands venaient nous chercher, et assis au milieu des cours, nous bravions les hélicoptères qui survolaient la ville. Seul petit bémol, la partie droite du lycée s'est transformée en consulat de France. Nous remontons à présent vers le stade municipal ex- Fouque-Duparc, et je repense à son inauguration avec le match entre le Real de Madrid et le Stade de Reims, mais aussi  sur les épaules de mon père à l'accueil par des milliers d’oranais du Général de Gaulle. La ville s'était parée de ses plus beaux atouts; des centaines de milliers de drapeaux bleu blanc rouge aux balcons.
Nous continuons notre tour de ville et passons devant le siège de l’ASMO, club  qui a fait les belles heures du sport oranais, tout comme le CALO, le GCO, le CDJ, l'USMO, les Spartiates, le FCO., puis l'hôpital d'Oran, et les arènes.
Avant dernière étape de  cette journée : Santa Cruz. Une ascension pleine de frissons. Oran s’étend à nos pieds, fidèle à sa réputation, belle, pleine, fière. Et moi je suis aux anges d’être l’un de ses fils. La basilique est fermée pour travaux, mais cela ne nous empêche pas de l’admirer.

Quel point de vue sur le port, sur cette Méditerranée calme, bleue, sur le front de mer et ses immeubles remparts infranchissables, sur la cathédrale, qui se dresse impériale, sur l’hôpital Baudens que mon père a fréquenté pour l’ablation d’un ménisque, opération importante à l’époque ! Et au-dessus de nos têtes, le fort, défenseur suprême de la ville.

Nous partons maintenant en direction du casino de Canastel qui reste toujours un haut lieu de l’animation oranaise avec son hôtel, sa boîte de nuit, ses jeux et sa piscine.

La journée se termine à Bouisseville chez Naziha et Latfi pour une brochette party. Nous avons le plaisir de faire la connaissance d’amis, et cette soirée clôture une journée encore bien remplie !

à suivre...

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jeudi 29 janvier 2009

de plus en plus cool...

ah ces nèfles...

à suivre...

Mercredi 6 juin : journée soft…

Aujourd’hui, nous levons un peu le pied, avant de repartir de plus belle dès demain !

Nous rendons visite à Belkacem, un ami de la famille, céramiste de son état. Un très bel atelier où des employées manient avec art, moulages, cuissons au four, pinceaux et palettes de peinture qui donnent vie à de très belles poteries. Nous en profitons pour commander deux cache-pots et un pichet.

Nous rejoignons ensuite le palais du Bey par le front de mer.

Ce bâtiment inaccessible dans les années 50 à 62 car militaire, est en phase de rénovation. Les moyens manquent. C'est à la fois  un véritable travail de fourmi et un défi passionnant qu'ont lancé ceux et celles qui veulent lui redonner toute sa symbolique passée.

Sa construction avait commencé en 1872, signe de la fin de la seconde occupation espagnole qui dura soixante ans.

Nous profitons de l’endroit pour passer dans des rues aux noms remplis de signification : la rue Philippe, la rue de la Mosquée, la rue Decugis, la rue de Turin, un quartier complètement délabré et laissé à l’abandon, où les ruines sont régulièrement visitées par des enfants en quête d’objets qu’ils tentent de monnayer !

Retour à Canastel et moment fort du repas: j’allais quarante cinq ans après manger à nouveau des…nèfles !

Après une petite sieste, Nacera nous amène au Sheraton, le grand hôtel d’Oran construit tel un fier destrier en bordure de mer et qui accueille très régulièrement des touristes et hommes d’affaires. Il n’est pas rare au détour d’un couloir ou d’une salle, d’entendre un accent que l’on connaît bien !

La soirée se termine autour d’une « pastilla » au poulet.

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mardi 27 janvier 2009

flânerie...

la visite se poursuit toujours aussi émouvante...

Mardi 5 juin : on flâne…

Malek travaille à son cabinet ce matin. Avec Nacera nous descendons en ville.

Nous passons tout près de la grande cheminée qui surplombe le port, longeant le front de mer, pour rejoindre la rue Alsace Lorraine afin de nous arrêter place de la Bastille sous l’œil bienveillant d’une « aubergine oranaise ». Nous revoyons l’église Saint Esprit, là où mes parents se sont dit « oui », et la Grande Poste. Nous revenons ensuite vers la rue d’Igli, devant l’immeuble où habitaient mon oncle Julien, ma tante Louisette, mon cousin André (Dédé) et ma cousine Monique.
A présent direction le boulevard du 2ème Zouave et la Cathédrale. Encadrée par les squares Jeanne d’Arc et Garbé, elle est là, massive et majestueuse, ancrée sur d’épaisses fondations, protégée par d’énormes portes ciselées. Elle est devenue aujourd’hui la grande bibliothèque d’Oran.

Les vitraux, l’autel et ses sièges en pierre, la coupole de la nef, les orgues, la chaire du haut de laquelle s’envolaient les sermons des messes du dimanche et plus particulièrement ceux de l’abbé Gonzalez qui avait le don de nous  tétaniser  par l' ampleur et l’écho de sa voix dans cet immense espace, sont toujours bien là : souvenirs indestructibles qui ont accompagné mes après-midis de catéchisme et ma communion solennelle et les traditionnelles kermesses en sous-sol, où mes parents tenaient un stand de pâtisseries "maison" avec les Donat.

Nous rentrons sur Canastel pour le repas de midi : sardines grillées.

Vers 14 heures Malek nous dépose près du lycée Lamoricière et nous nous retrouvons avec Christine « seuls au monde » pour une grande promenade à pied.

Nous entrons dans le petit Vichy aux troncs d’arbres peints en blanc. Les petits ânes et les voitures à pédales ne sont plus là. Nous apercevons en contrebas le théâtre de verdure et sur sa droite le stade où nous nous retrouvions entre lycéens.

Nous nous dirigeons ensuite vers « l’Oranaise » salle mythique de la vie sportive. Mon père y pratiquait différentes activités : musculation, gymnastique, parties interminables de pelote à main nue avec une balle de tennis sur le fronton, et nous profitions  de cet espace de liberté pour jouer.

Je revois la salle d’armes aux fenêtres grillagées  auxquelles je m’agrippais pour suivre, les yeux grands ouverts, les escrimeurs dans leur tenue blanche qui allaient et venaient avec leurs épées sous la direction autoritaire de Maître Heddel Robboth. J’étais à cent lieues de me douter qu’un jour je le retrouverais à l’INSEP pendant mes études d’enseignant en EPS et de maître d’armes.

Me reviennent pêle-mêle en mémoire la grande salle de gymnastique où j’avais reçu ma première médaille à un concours, le vestiaire en haut d'un grand escalier en bois où mon père rangeait dans un casier ses affaires de sport, la salle de musculation où les grands passaient leur temps à se lancer des vannes tout en se regardant lever de la fonte dans les miroirs, le petit  cochon d’Inde que j’avais débusqué sous un vieux ring désaffecté, et à l’entrée la maison du gardien où nous achetions notre bouteille de coca-cola, récompense suprême d'une matinée bien remplie.

Je me retrouve dans la grande cour. Deux jeunes jouent avec une balle de tennis contre le fronton. Je m’approche et leur demande de partager quelques balles. Ils acceptent avec le sourire, et pendant quelques minutes c’est mon père qui joue à ma place : coup droit, revers, tout y passe à la grande surprise de mes compagnons de jeu. Avant de partir, je les remercie et leur raconte rapidement mon histoire. Et c’est un nouveau « bienvenue chez vous » qui conclut cet échange. Je ressors de « l’Oranaise » heureux et fier.

Nous remontons la rampe du capitaine Valès vers la mairie et le théâtre en longeant les murailles de Château Neuf et quand nous débouchons sur la place du Maréchal Foch appelée  place d’Armes par les oranais, le spectacle qui s’offre à moi est toujours aussi conforme à ce que j’espérais. Tout est là, bien à sa place, mais surtout comme c’est beau !

La fontaine au milieu de la place, la mairie et ses deux lions majestueux, le théâtre et ses tours aux coupoles dorées, une architecture incomparable, avec en point d’orgue au-dessus de nos têtes Santa Cruz qui veille sur moi !

Il est presque 16 heures quand nous faisons une pause café au Royal Hôtel à l’angle du boulevard Gallieni.

Puis nous redescendons en passant devant le « Cintra » vers le lycée Lamoricière malheureusement fermé pour cause d’examens. Là encore ce n’est que partie remise.

Une nouvelle halte devant l’immeuble de l’E.G.A (Electricité et Gaz d’Algérie) et tout à côté le bâtiment des impôts où travaillait ma mère.

Puis c’est à nouveau la rue d’Arzew où je revois le glacier Mira avec son agua-limon bien fraîche et ses créponés en face des Nouvelles Galeries, et au milieu d’une foule très dense, la rue de la Bastille encombrée d’étalages et son marchand de « calentica », un flan qui nous aidait à tenir le choc pendant toute l’ascension de la rue Lamoricière, le cartable en bandoulière.

Nacera nous récupère et nous rentrons fatigués mais heureux, juste après un petit détour de l’autre côté de Canastel pour apercevoir la montagne des lions et cette côte oranaise aux mille reflets.

La soirée est agréable et les discussions se poursuivent sur la terrasse. Après le dîner où nous nous régalons avec des escargots piquants " los caracoles", petit tour dans Oran by night. Demain sera un nouveau jour !

à suivre...

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dimanche 25 janvier 2009

j'y suis...

Deuxième partie : lundi 4 juin  / samedi 9 juin 2007

" Oran...j'arrive "

                                                                            
Lundi 4 juin 2007 : « bienvenue chez vous »…

Si j’imagine un peu ce que je vais ressentir quand l’avion survole la ville et se pose sur cet aérodrome où un jour de juin 1962 j'ai embarqué à bord d'une Caravelle destination Paris avec un billet aller simple, eh bien je suis loin du compte !

Le cœur s’accélère, le hublot n’est pas assez grand, la respiration est bizarre, les doigts se croisent et se décroisent à un rythme inhabituel.

Et puis la porte s’ouvre, l’air change d’odeur, et je descends la passerelle inondée de soleil. La  première idée qui me passe par la tête : je suis le premier cosmonaute qui a posé les pieds sur la lune !!

Je  suis heureux comme jamais ! Une joie simple, naturelle, évidente. Je marche sur ma terre, tout en étant sur un grand nuage, et une sensation va me suivre durant tout le séjour ; celle de n’être jamais parti même 45 ans après ! Comme si c’était hier !

Ma tête tourne dans tous les sens, je ne veux rien rater. Je veux tout absorber. Je veux  engranger le maximum d’images ! Des images que j’ai vu et revu et qui ne me surprennent même pas. J’ai l'impression de contrôler mon émotion, pour l’instant du moins !

Mon esprit revient sans cesse vers mon père. Je veux être son regard,  ses pensées : de là-haut il m’encourage, la main sur mon épaule avec un sourire éclatant.

Même si la réalité reprend vite le dessus avec le contrôle des passeports et les traditionnelles déclarations, cela ne me gêne pas. On peut me demander tout ce qu’on veut, du moment que je suis là, chez moi, le reste n'a aucune importance !

Et puis c’est la rencontre avec Malek dans le hall : sourires, embrassades, et déjà l’impression de se connaître depuis longtemps.

Le retour sur Oran se fait en empruntant l’une des nombreuses quatre voies qui entourent la ville, direction Canastel.

Nous faisons la connaissance de Nacera qui vient conforter la gentillesse et la réelle affection qui nous unit déjà tous les quatre. Nous sommes frères et sœurs. Le courant passe très bien. Je sais qu’ils ressentent le même bonheur que nous.

C’est vrai je n’en ai pas encore parlé, mais Christine est près de moi pour ce retour aux sources !

J’avoue que j’ai eu peur, non pas de « l’embarquer » avec moi dans ce qui pouvait lui sembler un saut inquiétant dans l’inconnu, mais sur des faits encore dans nos mémoires.

Dans l’avion d’Air Algérie, nous avons eu droit à une grosse altercation entre un jeune passager et un steward : en cause un téléphone portable non éteint au décollage et une conversation qui s’éternisait alors que l’avion roulait sur le tarmac.

Une tension vite amoindrie par la présence d’une hôtesse qui est venue parler avec nous une bonne partie du vol.

Christine a vraiment participé à ce voyage m’encourageant elle aussi et m’offrant cet éternel sourire qui la caractérise.

La ville a changé, la ville a vieilli. Moi aussi j’ai changé, moi aussi j’ai vieilli. On a les mêmes rides, mais notre passion l’un pour l’autre est intacte avec une pudeur presque juvénile !

Après nous être installés dans notre chambre et visité la très belle maison de nos hôtes , nous prenons la route vers le centre ville via le front de mer  et ses immeubles qui en ont fait toujours sa réputation. C’est à ce moment-là que je prends conscience de la « petitesse » des rues, des boulevards. Tout ce qui me semblait grand est ramené brusquement à des proportions qui me surprennent.
Je comprends mieux le fait que pour nous rendre au lycée nous empruntions la rue Lamoricière, traversions la rue d’Arzew (de son vrai nom boulevard du Général Leclerc), coupions la rue de la Bastille et la rue Alsace Lorraine. Après nous avions le choix entre la rue El Moungar quand on voulait traîner un peu, ou un trajet plus direct par les rues Richepin, d’Igli, Colmar et Paixhans. Dans mon esprit ce trajet était resté particulièrement long !

On se rapproche à présent du boulevard Marceau que nous atteignons par le boulevard Clémenceau et après une courte halte devant le cinéma « l’Escurial » fermé et en bien piteux état, c’est la rue de Mostaganem. On tourne à droite et on remonte le boulevard Marceau vers la gare.

La voiture s’arrête devant le numéro 19. Mon cœur se remet à battre la chamade ! Dehors les gens vont et viennent et je leur souris naturellement.

Nous rentrons dans le couloir de l’entrée. Les murs sont décrépis, mais c’est bien là ! Au fond la grille de l’escalier d’accès vers les caves. Et me voilà montant les marches vers ce premier étage tant attendu. Je savoure d’ailleurs cette montée, m’arrêtant au passage devant les vitraux  d‘une grande fenêtre. Ils sont toujours là, certains un peu abimés. Je me tiens à la rampe, et je me revois l'enjambant pour de longues glissades stoppées par le pommeau d'ornement tout en bas. J’arrive sur le palier, je regarde les trois portes des appartements : le nôtre et celui des familles Donat et Abat chez qui nous allions très souvent jouer.

Je demande à Malek de frapper. Je ne m’en sens pas capable, craignant qu’il n’y ait pas de réponse. A ce moment là, l’émotion m’envahit, mon visage s’empourpre et  je pleure.

La porte s’ouvre. Malek s’adresse en arabe à une dame, qui lui répond et qui s’adressant à moi, me dit : « bienvenue chez vous ». Cette phrase je vais souvent l’entendre.

Cette femme s’appelle Ghalia, et son sourire est tellement vrai et sincère que j’avance vers elle et que nous nous embrassons. Son mari Mourad est là avec leurs deux filles, et me voilà dans cet appartement qui a vu s’écouler seize années de ma vie.

La première chose que je remarque c’est que le carrelage  est toujours le même et que les plafonds ont gardé leurs décorations. Les peintures ont été refaites, le mobilier  a bien sûr changé, mais l’esprit est resté. Ghalia toute à sa joie se transforme en moulin à paroles, et je sens toute une famille heureuse de rencontrer le précédent locataire. Je refais en leur compagnie l’histoire de chaque pièce.

La chambre de ma grand-mère où elle passait de longues heures à coudre, à nous confectionner des vêtements, tout en écoutant la radio et la petite cuisine qui a encore meubles et évier d’époque.

La chambre de mes parents qui avaient installé à ma naissance un petit lit  que je torturais tous les soirs pour m’endormir : à quatre pattes, tête posée sur l’oreiller, je démarrais des mouvements de va et vient qui le déplaçait à travers la chambre, jusqu’à épuisement !

Le lit parental théâtre de « bagarres » mémorables avec mon frère. L’une d’entre elles se termina très mal : le repoussant fortement son pied alla frapper violemment la fenêtre. Résultat : une belle entaille et des points de suture, et à la clé une grosse engueulade !

Le balcon donne en bas sur la rue de Ténira et en face sur la rue de Chypre, pour nous « la petite ruelle », espace de jeux où une maison en ruines devenait l’instant d’un moment la caverne d’Ali Baba, tout cela sous la surveillance bienveillante de ma mère.

Le couloir était un endroit que nous transformions en route nationale, les chaises devenant des voitures lancées à vive allure !

La salle à manger où nous répétions les succès de l’époque avec mon frère à la guitare avant de les présenter sur scène dans des radio-crochets. J’empruntais les aiguilles à tricoter de ma grand-mère, une chaise faisant office de batterie. C'était aussi la pièce où nous faisions nos devoirs face à un grand tableau noir fixé derrière la porte.
Entre temps les filles de Ghalia transforment la petite table du salon en véritable repas : gâteaux, boissons, mona nous sont offerts dans un style bien pied-noir : « mangez monsieur Pierre, mangez ! ».

Nous montons ensuite tout en haut de l’immeuble sur la terrasse, endroit où ma mère lavait et étendait le linge, un regard circulaire permettant de voir une grande partie de la ville et du plateau Saint Michel. En bas le boulevard Marceau, et d’autres jeux de rue qui me reviennent à l’esprit.

Quand la voirie ouvrait les vannes transformant les rigoles des trottoirs en torrent magique, nous faisions flotter des petits bateaux confectionnés dans des morceaux de bois, lancés dans des courses effrénées.

Ces mêmes trottoirs qui servaient de circuit à des parties de « platicos », capsules de bouteille remplies de cire pour les alourdir, aux matchs de « pitchak » deux contre deux avec des jongles, des passes, des buts, accompagnés de cris de joie et de gestes dignes des plus grands footballeurs de l’époque magique du Stade de Reims et du Real de Madrid, aux descentes infernales sur nos « caricos », planches de bois rectangulaires posées sur des roulements, deux à l’arrière, un à l’avant vissé sur un axe permettant de nous diriger, à nos premiers patins à roulettes en fer, sans oublier nos premières petites copines !

Ce boulevard, théâtre permanent des marchands de figues de barbarie appelées communément  « tchumbos », et de glaces fabriquées dans un petit appareil rectangulaire avec une gaufrette dessus et dessous, la grosseur simple ou double dépendant des sous que nous avions.

Il est temps de repartir. Ghalia et Mourad tiennent à nous avoir à manger. Ayant un emploi du temps très serré, nous décidons de repasser les voir vendredi dans la matinée.

Après des embrassades pleines de tendresse et d’affection, je quitte l’appartement, l’immeuble, pour retrouver la petite ruelle où des enfants perpétuent la tradition et jouent sans penser que leurs jeux me ramènent plus de cinquante ans en arrière…

Un dernier signe de la main à nos hôtes accoudés au balcon, et  je me dirige vers la rue Daumas, juste en face de mon immeuble.Il y a quelques mois, toujours grâce à Internet, une amie d’enfance m’a retrouvé. Jacqueline habitait 5 rue Daumas et je lui avais promis de lui envoyer des photos. Chose dite chose faite.

Nous reprenons la voiture pour un tour en ville et la rue d’Arzew, noire de monde sans oublier auparavant de passer devant mon école primaire : l’école Lamoricière où il est prévu de revenir.

J’ai l’impression que mes yeux ne sont pas assez grands pour tout absorber, tout prendre, tout garder.

Retour sur Canastel pour notre première soirée oranaise en compagnie d’amis de Malek et Nacera : Latfi et Naziha : au menu la « hrira », soupe avec des tomates, du céleri, des oignons, carottes, coriandre, des petits morceaux de poulet, des « boureks » bricks à la viande et une salade de poivrons.

Il est tard quand nous nous couchons, et je ne m’endors qu’après avoir repassé en revue tous les détails de ce premier après-midi de bonheur.

à suivre...

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vendredi 23 janvier 2009

je compte les jours...

...la pression est palpable...

Mardi 29 mai 2007 : le départ approche… Arrivée prévue lundi 4 juin dans l’après-midi. Une certaine excitation mêlée d’inquiétude m’envahit au fil des jours. Je ne cesse de revoir et revoir des images, des photos récentes et anciennes en imaginant ce que je vais trouver sur place !

En attendant les visas sont là et les billets d’avion sont en cours d’acheminement. On commence à réfléchir au contenu de nos valises ! Une chose est sûre, les maillots de bain seront en bonne place car je vais retrouver  Cap Falcon et le cabanon !

Quand je pense à tout ce que j’ai hâte de revoir, je me dis que cinq jours ça risque d’être court ! Mais ne soyons pas trop gourmand, et laissons l’envie de revenir faire le reste ! Car je sais que je reviendrai ! Surtout grâce à Malek et Nacera qui nous considèrent déjà comme de la famille, c’est vous dire ! Je suis comme un enfant qui attend son jouet. Je revois  Claire et Julien, petits, devant l’arbre de Noël, mains dans le dos, regardant tous leurs cadeaux, et ne sachant pas lequel prendre !

Vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est de retrouver sa ville, sa rue, son école primaire, son lycée, sa plage, tant d’années après…Tous ces endroits qu’on imagine tant bien que mal, mais qui font  qu’un moment de votre vie devient soudainement très beau face à tous les défis qui lui donnent du sens. Depuis le temps que tout ça tourne en boucle.

Mon existence a été pleine de belles choses avec aussi son lot d’imprévus qui vous interpellent quand on ne s’y attend pas. Alors quand une  chance pareille se présente à vous, vous la saisissez à pleines mains, à plein cœur. Vous voulez mordre dedans à pleines dents ! Cette opportunité d’aller « là-bas » arrive au bon moment. Ce voyage, je l’ai pensé, modelé, préparé avec beaucoup de sérieux et d’attention. Ce n’est pas un voyage ordinaire. Je ne retourne pas en pays conquis, mais avec toute la modestie et la délicatesse que cela impose. Je ne retourne pas en « touriste » mais avec un profond respect de ce que je vais trouver, voir, rencontrer.

Deux petites lumières vont m’accompagner, deux petites lumières qui ont guidé mes pas d’enfant et une grande partie de ma jeunesse : mon père et mon oncle Julien. De là-haut, ils vont me soutenir, ils vont partager ma joie, ils vont me sublimer. Tous les endroits où j’irai auront été marqués par cette vie qu’ils ont construite  autour de ma famille. Tous ces endroits qui brutalement se sont fermés à tout jamais, et qu’ils n’auront malheureusement pas pu revoir. Car si leur retour en France a été un traumatisme évident, ils ont su rester dignes et honnêtes avec leurs idées et leurs blessures. Ce voyage est plein de signification, plein de sens, et dépasse très largement le côté  touristique. C’est pour cela que je l’ai voulu  intime. Pas de débarquement « collectif » où comme par enchantement, tout le monde retrouve son accent  perdu , une faconde  déguisée , et une amertume que l’on tente bien maladroitement de cacher sous des rires et sourires surfaits. Mais bon chacun fait comme il veut !

Oran j’arrive !

Lundi 4 juin 2007 : dans quelques heures…

…Nous serons à bord… Dans quelques heures l’avion survolera la France, la méditerranée, les côtes algériennes… Dans quelques heures nous nous poserons sur l’aéroport Es Senia d’Oran… Dans quelques heures je retrouverai cette paix intérieure qui me manque tant… Dans quelques heures, ce sera du pur bonheur…ça y est...nous y sommes !

à suivre...

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mercredi 21 janvier 2009

à ma mère...

Elle aussi aurait certainement apprécié que mon père m'accompagne "sur le terrain"...

Mardi 1 mai 2007 : ma mère a 87 ans....

Pour elle, un autre poème de Jocelyn Perpignan

« Mon beau pays du Nord

Je suis tels mes parents, fier d’être né au Nord,

Un pays méconnu juste au bord de la mer,

Un pays dénigré et mal aimé à tort

Et pourtant un pays si extraordinaire !

Son chef d’œuvre voulu, la nature l’a fait

En fusionnant si bien le ciel la terre et l’eau.

Et c’est du succès de ce mélange parfait

Que mon pays du nord un beau jour est éclos !

Falaises et rochers, galets et golfes roux,

Dunes et sables chauds, tapis d’or de nos plages,

Sont saupoudrés de blanc lorsque la mer s’échoue

Et sont alors unis en un beau mariage !

Le vent du nord qui vient de la mer nous est doux :

Ce n’est qu’un souffle court son flux nous atteignant,

Comparé à ces vents mauvais qui nous rendent fou :

Le Mistral de Marseille, l’Autan de Perpignan !

Le soleil au-dessus de mon pays du nord

Dirige notre vie par toute sa magie :

Il réchauffe nos cœurs et envahit nos corps,

Il dope notre esprit et crée notre énergie !

Au plus chaud de l’été, il dore les moissons

Il fait mûrir les fruits et rougir le raisin.

Il sait pourtant doser sur nos peaux ses rayons

Pour ne pas nous bruler et conserver nos teints !

Notre terre du nord est si douce et légère,

Labourée, cultivée : labeur de nos aïeux,

Qui ont par leur travail su la rendre prospère

Quand elle était le lit d’un terrain rocailleux !

Les cultures du blé, des vignes et coton,

Les prairies, les jardins, les champs et les vallées

Et même les plateaux avec porcs et moutons

Etalent la force de notre volonté !

Notre esprit de progrès, de développement,

A modifié le sol, changé le paysage,

Améliorant la vie considérablement :

Voyez un peu nos ports, nos villes, nos villages !

Les gens du nord sont bons, accueillants, chaleureux,

Sous leurs airs suffisants, ils ont un très bon cœur

Et ils donneraient tout, étant très généreux,

Sauf leur identité, leur accent, leur honneur !


Ils ont le verbe haut, la parole facile, 

Les phrases colorées venant de leur faconde !

Justement leur accent : il est indélébile

On le connaît partout aux quatre coins du monde !

Le parler imagé, de nous Français du nord,

Est fait d’un bienheureux mélange de cultures,

De nationalités, de langues et d’apports

Qui viennent enrichir aussi notre nature !

Et quand descend le soir, que s’allonge mon ombre

Sous le soleil infini où les astres scintillent,

Je parcours l’horizon et vois dans la pénombre

Que ma terre du nord est un joyau qi brille !

Ou quand très loin du nord, les yeux écarquillés,

Je vois dans les lueurs s’élevant vers le ciel,

De grands sapins de fer se mettant à briller,

Je me souviens du nord et des soirs de Noël !

Que verte est ma vallée quand l’herbe qui y pousse

Me permet d’espérer en faisant mon bonheur :

Mais quand le vent forcit et qu’elle devient rousse,

Pour la terre du nord je crains un grand malheur !

Car quand le ciel rougeoie au-dessus de la plaine

Et que le vent de l’est ramène certains sons,

Je me demande si ces petits phénomènes

Ne sont pas le début de terribles frissons !

Et si j’étais un jour perfidement trahi,

Obligé de partir, d’éviter le tombeau

Alors si je devais visiter cent pays,

Mon beau pays du nord resterait le plus beau !

Mais pour vous quand je dis « mon beau pays du nord »,

C’est un malentendu, aussi je vous assure,

Je suis tels mes parents, fier d’être né au nord

Au nord, oui mais au nord de l’Afrique bien sur ! »

à suivre...

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lundi 19 janvier 2009

optimisme...

Mardi 17 avril 2007 : la nuit tous les chemins mènent au Front de Mer.

« Les chaudes nuits oranaises cet été, c’est d’abord une tradition nocturne vivace, mais surtout une histoire de couleurs faites de lumière qui inspirent bien des noctambules…

Du front de mer à la Corniche, le littoral méditerranéen est ponctué de petits endroits tout aussi animés que pittoresques. Le slogan « El Bahia » rime avec « fiesta », et ne rate aucun soir d’été pour retrouver tout son sens splendide. Oui, « El Bahia » est bel et bien réputée pour son front de mer qui se transforme en une immense terrasse nocturne animée, toutes les soirées par les DJ des crèmeries qui se succèdent aux platines.

L’ambiance est méditerranéenne, bon enfant, sympathique et sans manière. Dès 21 heures, tout Oran semble se tourner vers son front de mer pour y chercher le précieux bol d’air frais. Cette heure-là marque le début de la « migration » de tous ceux qui fuient la chaleur.

Des familles entières, des couples ou encore des groupes de jeunes profitent de la fraîcheur de l’air marin. Les quartiers animés et commerçants durant le jour, tel Khemisti et Larbi Ben Mhidi sont quasiment dépeuplés dès 20 heures. Seul Choupot semble « résister » avec ses crèmeries.

Le centre-ville n’a que son front de mer pour attirer les grandes foules. C’est ici que les familles prennent leurs quartiers d’été chaque soir. Et un sacré pactole pour les crèmeries  et autres salons de thé, qui s’ouvrent les uns après les autres. Les terrasses bondées de parasols  rivalisent pour s’offrir en terres conquises et ultra branchées, de hauts lieux de détente. «Cette terrasse est amusante. Les glaces sont chères, certes, mais quand on est en vacances, on ne compte pas», lâche un père d’une famille algéroise. «C’est la troisième fois que nous venons ici. L’ambiance est indescriptible. Toute la famille est accro de ce front de mer», enchaîne sa femme.

Près d’eux, au milieu d’un espace vert jouxtant le consulat marocain, un photographe propose des prises de photos souvenir originales: Une fillette se laisse volontiers monter sur un robuste cheval gris accroché à une romantique charrette. «200 dinars la pose», propose le bonhomme.

Les familles ne résistent pas au spectacle. Les flashs se déchaînent. En face, tout le monde semble s’agripper sur le bord d’un front de mer toujours en épousailles: ici et là, les taches rouges et jaunes que font les bateaux en rade dans le port, tanguent sur les flots.

D’ici l’on aperçoit tous les bateaux qui finissent, là, leur périple méditerranéen pour venir orner le vieux port. C’est sans doute grâce à eux que ce long bout de littoral est resté si authentique, si sympathique. «Le décor d’autrefois n’a pas bougé», atteste un septuagénaire.

Pittoresque, vibrant de vie, ce boulevard invite vraiment à la flânerie. L’endroit est à lui seul, une carte postale grandeur nature. Une forteresse d’où on y laisse aisément le regard s’échapper vers la mer.

Plus loin d’ici, un nouveau complexe hôtelier, érigé pour répondre aux besoins d’une clientèle aisée. Toutefois, depuis son ouverture, il n’attire pas que les riches.

Le soir, le rond-point le jouxtant, n’a pas résisté à la tentation de devenir un lieu de pèlerinage pour les familles. Au milieu, une succession de jets se rejoignent pour désigner une modeste barque. Autour, les familles s’étalent sur la généreuse pelouse et admirent les contrastes lumineux qui se déclinent des mouvements synchronisés des eaux. Un mélange d’eau et de lumières.

«Ici, la sécurité est totale», dit un vendeur de cigarettes qui a installé sa «planque» dans un coin stratégique. La police est, en effet, omniprésente, ici, pour veiller sur la quiétude des lieux.

Nous sommes, certes, à la veille de l’ouverture du Festival du raï. Mais, il n’y a pas qu’un tel rituel qui fait embraser la ville. Longtemps phare culturel de tout l’Ouest, Oran a toujours su attirer les «estivants d’ici et d’ailleurs.»

Bien sûr, qu’il y a des villages balnéaires, sortis de terre comme des champignons. Oran, ce n’est certes pas que des discothèques et des pistes de danse. Mais il faut dire que les boîtes que font craquer les décibels pullulent sur la côte.

Dans les hôtels ou dans les complexes de la corniche, des concerts de stars du raï et des spectacles de danse orientale sont souvent organisés. Mais les folles nuits oranaises ne profitent pas qu’aux hôtels.

Pour Brahim, gérant d’une célèbre discothèque sur le littoral, «les nuits d’été sont une bénédiction.» De nombreux noctambules préfèrent, en effet, louer près de ces coins «branchés», pour ne pas à avoir à se déplacer très loin au retour, au lever du jour. Ici, restaurants et discothèques ne désemplissent pas, et les magasins restent ouverts passé minuit.

La discothèque que gère Brahim s’ouvre dès 22 heures. L’entrée est gratuite. Mais une fois dedans, les consommations sont très chères. «Beaucoup d’étrangers viennent ici: des Turcs, des Syriens, des Chinois...», énumère fièrement notre interlocuteur. Sol d’ardoise, banquettes marocaines, cuisine diversifiée: l’endroit n’est certes pas grand chic, mais plutôt sympathique.

La clientèle est entre 35 et 45 ans. Ici, certains viennent s’encanailler et jettent dédaigneusement quelques billets aux danseuses fatiguées. Il est minuit. «C’est timide !», confie Brahim. «En juin dernier, on disait que c’est à cause de la Coupe du monde. Mais même en juillet, ce n’était pas si terrible. Non, franchement on est loin des grandes foules de l’an dernier», regrette encore notre interlocuteur. A 2 heures du matin, quelques tables sont encore occupées par de rares clients. Mais on danse quand même sur les tubes de l’été dernier.

L’ambiance est tout de même festive, voire fébrile soutenue par l’irrésistible raï. En fait, l’ambiance est pareille dans toutes ces boîtes anonymes de la côte".

Une page pleine d'optimisme de fraîcheur, de senteurs où l'on retrouve Oran, celle qu'on aime, Oran la festive, la belle, la coquine, la maline. Amine L. en est  l’auteur.

à suivre...

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samedi 17 janvier 2009

déjà...

Ce volet du livre parle de l' Oranie à travers un poème de Jocelyn Perpignan...

Jeudi 12 avril 2007: 45 ans déjà…

Depuis le temps que j’en rêve, depuis le temps que j’en parle…eh oui Oran n’est plus très loin de moi.

Je l’ai quitté en juin 1962…je vais la retrouver 45 ans après en juin 2007 !

Ma ville m’attend, et j’ai hâte de me jeter dans ses bras. Tout comme moi elle a vieilli, elle a changé, mais elle est toujours aussi bouillonnante dans ma tête. Elle a grandi, elle s’est beaucoup étendue, mais peu importe…je vais retrouver celle qui a bercé mon enfance et une grande partie de mon adolescence, je vais la regarder avec passion, avec un amour indéfinissable car « même ridée, l’étincelle de la beauté est toujours au fond de l’âme ».

Oran, ville de mon histoire, fière et tendue vers la Méditerranée, tu es toujours la plus belle pour moi…j’ai fait un nombre de fois incalculable le parcours de nos retrouvailles, en prenant soin de ne rien oublier !

Je sais que dès mon arrivée, j’irai là où j’ai vécu…le boulevard Marceau et ce numéro fétiche : 19.

Ça va être très chaud, émotion garantie, mais que ça va être bon de revenir chez soi ! Ça semble à peine croyable, mais je ne suis pas encore arrivé et je sais déjà que je reviendrai ! Je ne remercierai jamais assez ceux et celles qui participent à cette renaissance : Nacera et Malek Boudraa avec lesquels nous avons fait chauffer la webcam !, Omar Benzzedine grand initiateur du site des anciens du lycée Pasteur- Lamoricière, Amine, Djamil, Paz, Soltanaf, Fanfan, qui comme moi ont usé les bancs des classes.

Et puis une pensée toute  particulière pour mon père qui ne va pas me quitter d’une semelle pendant le séjour.

Samedi 14 avril: poème...

Ils sont nombreux à avoir écrit des poèmes sur l’Oranie. Celui de Jocelyn Perpignan a retenu mon attention et libéré beaucoup d’émotion…

RIVAGE  D’ORANIE                                     

Assis sur un rocher j'écoute bien souvent - L’enivrante chanson de la Mer et du vent.

La mer est à mes pieds, si bleue, belle et immense - Qu’elle me fait rêver : je la regarde et pense.

Elle étanche ma peine en douceur et sans peine - Quand parfois j’épanche ma douleur et l'entraîne !

Un vague murmure venant des vagues, oh ! - Infini et vivant petit clapotis d'eau.

Monotone et prenant est son refrain qui traîne, - C'est la douce chanson d’invisibles sirènes.

Mais je regarde au sud, au-dessus de l’écume, - Une terre là-bas, apparaît dans la brume.

Cette mer caressant la côte d’Algérie - Vient rouler les galets de mon pays chéri.

C’est ma terre natale et c’était ma patrie :- Pour elle je n’avais que de l’idolâtrie !

C’est mon « Île » perdue, loin de moi, éthérée,- Ne sachant toujours pas si je la reverrai.

J’ai tout laissé là-bas, mes plus belles années- De l’autre côté de la Méditerranée !

Malgré qu’il m’ait trahi, malgré qu’il m’ait banni,- Je n’oublierai jamais mon pays d’Oranie.

Je n’oublierai jamais cette ville d’ORAN- Pour tous mes souvenirs, un hommage lui rends.

Je n’oublierai jamais son merveilleux rivage- Que j’ai souvent longé, à pieds ou à la nage :

De la ‘Pointe d’Aiguille’ aux criques de ‘kristel’,- Des genêts du ‘Cap Roux’ au plat de ‘Canastel’ ;

Des Falaises d’Oran aux mains de ‘Notre Dame’- Protégeant le ‘Vieux Port’ où j’ai fait de la rame ;

Du haut de ‘Santa Cruz’ aux jetées de "Kébir"- Enserrant dans ses bras sa rade et ses navires ;

Du "Fort de l'Escargot" au "Rocher de la Vieille"- Où le point de vue est une pure merveille :

La Corniche en lacets sur la route des plages,- Le chemin du bonheur, du soleil, du bronzage ;

Je n'oublierai jamais cette vue maritime :- Sa côte découpée dans sa beauté sublime !

Du sable de ‘Trouville’ humecté par la mer- Où le soleil et l’eau se mariaient à la terre ;

Des plages ‘d’Aïn el Turk’, au bout du ‘Cap Falcon’,- De ses sables dorés frôlés de mon balcon ;

De ses fenouils de sable aux asperges du Phare- Qu’un jour m’y promenant, j’ai trouvées par hasard !

Et puis ‘les Corales’, aussi ‘les Andalouses’,- Et toi belle ‘Île plane’ que la mer épouse !

Et vous ‘Les Habibas’ en face du ‘Cap blanc’,- Vous reverrai-je un jour et pour tout dire : quand ?

Alors ces souvenirs qui viennent m’assaillir- Me font tergiverser : l’aimer ou la haïr ?

Car ayant tout perdu, de tout mon paradis,- Il ne me reste plus que son nom : ORANIE !

à suivre...

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