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...on ne tourne plus...clap de fin...

Vous êtes un certain nombre à le savoir, d'autres le découvrent aujourd'hui, mais hier j'ai mis le bouton de mon micro sur off. Je l'ai regardé une dernière fois avec beaucoup de tendresse car pendant toutes ces longues années où il m'a accompagné, qu'aurait été ma voix sans son précieux concours?

Cet ami fidèle et discret a partagé mes joies, parfois des peines. Il a mis toute sa bonne volonté à mon service et je lui dois une fière chandelle.Je lui souhaite bonne route dans d'autres mains, avec d'autres tonalités qu'il saura faire briller avec un grand professionnalisme. Et lui qui très souvent est réduit au rôle de simple objet mérite aujourd'hui le devant de la scène.

Et puis je termine cette belle aventure à l'Aiguillon sur Mer pour une des compétitions les plus attachantes voire les plus significatives à mes yeux, la Coupe de France des clubs  grand moment de convivialité où le "collectif " est mis sur le devant de la scène. Cette notion de travail d'équipe a toujours guidé ma conception de l'animation car elle "impose" aux acteurs d'oublier "leur" personne, de tenir compte de l'autre, de mettre entre parenthèses leur "ego", avec au bout du compte la satisfaction du travail bien fait. Je remercie Brice et Maurice (ils se reconnaîtront) d'avoir conclu ce long chemin d'une belle façon.

A présent je retourne dans ma campagne angevine, entouré des miens, donnant une nouvelle direction à mon destin et à plein de belles choses je l'espère. Je tourne cette page somptueuse qui m'a promené aux quatre coins de l'héxagone et à l'étranger, qui m'a fait rencontrer toutes sortes de personnes certaines hautes en couleur, mais toutes unies par une même passion sportive. Ce fût une très belle expérience humaine.

Quand on part de pas grand chose, et qu'on jette un oeil sur le chemin parcouru, on garde une certaine fierté de cette implication aussi minime soit-elle qui a fait avancer le "schmilblic".

Tout commence avec mon détachement en 1982 de l'Education Nationale au Ministère de l'Industrie dans un centre de formation EDF GDF aux Mureaux, où avec mon collègue René Caillet (un très grand Monsieur)  nous encadrons des formations longues (4 ans pour devenir cadre) avec à l'emploi du temps une après-midi consacrée au sport ou à la culture. nous nous tournons tout naturellement vers le milieu universitaire (la FNSU qui jouera un rôle important dans le développement du triathlon) en engageant des équipes dans différentes activités.

Le triathlon débarque à Nice et via les images d'Antenne 2, il apparait évident que ce sport "de fous" a un avenir certain . Accompagnés d'autres "curieux" le challenge est lancé. Objectif: faire en sorte que les instances nationales du sport français le reconnaissent, et tout aussi naturellement notre centre de formation devient l'endroit où le CONADET "officie" à ses débuts.

Le 1er triathlon des Mureaux voit le jour dans un projet pédagoique avec "nos élèves" électriciens ou gaziers en 1984. J 'ai quelques jours avant repéré les cabines téléphoniques sur le parcours vélo et le jour de la course en moto et sous une pluie battante je communique des informations au podium où se tient René Caillet (en prime une superbe crise de coliques néphrétiques le soir en rentrant chez moi !).

Invité au triathlon de Mauzac organisé par Michel Dordet, ancien entraîneur de l'Equipe de France de fleuret féminin et responsable régional du Coq Sportif (qui fût entre 1971 et 1973 un des mes enseignants à l' INSEP quand après des études en EPS je préparais un diplôme de maître d'armes), je me retrouve "affublé" d'un micro car pris par de mutiples tâches il ne peut tout gérer !! Le virus est attrapé! La suite vous la connaissez.

Le triathlon en France a un peu plus de 30 ans d'existence, et même si sa reconnaissance dans les médias reste encore à parfaire, il attire de plus en plus d'adeptes venus de tous horizons. Il reste pour tous le seul sport qui enchaîne 3 disciplines majeures longtemps jugées antinomiques. Le temps, la pédagogie un gros travail de fond et l'obstination lui ont donné ses lettres de noblesse.

Alors quand on est au coeur de l'évènement et qu'on participe à sa promotion, ça fait du bien de voir où il en est arrivé.

30 ans ont passé et la décision de me tourner vers le "silence" a été mûrement réfléchie. Elle arrive à un moment où il faut savoir passer "le micro". Elle arrive à un moment où la "grinta" et cette petite flamme que l'on a au fond de soi commencent à diminuer, à ne plus nous brûler les tripes face à l'évènement. Et là une seule décision s'impose par simple respect de soi-même.

Les toutes premières fois où "je parlais", le trac la peur de mal faire et une fausse assurance m'accompagnaient tels des enfants turbulents qui vous tiraillent dans tous les sens. Et de suite j'ai senti que c'était une excitation particulière mais dangereuse et qu'il fallait très vite faire un travail sur cet "ego" qui risquait  de prendre le pas sur le réel. Se sentir le centre du monde est une situation à laquelle personne n'échappe, et quand on la vit tout peut très vite nous échapper, et quelquefois le retour sur terre est brutal, car on a "squizzé" toute objectivité sur soi.

Avec le temps, l'expérience, et surtout la lucidité (qu'il faut très rapidement faire sienne), on comprend  (encore faut-il le vouloir mais aussi en être conscient) que nous ne sommes que de tous petits grains de poussière qui peuvent être balayés au moindre coup de vent. Ce pouvoir dont on se sent investi n'est qu'un leurre. La parole " cette forme désuète de communication " comme l'écrit Yvon Rivard écrivain canadien, est aujourd'hui un vecteur qu'il est difficile de maîtriser car elle peut  vite déraper, être diversement interprétée, et je me suis efforcé de toujours l'accompagner d'un regard permanent sur un environnement que l'on imagine concentré sur nos mots, ce qui est souvent loin d'être le cas.

Et là je pense à deux citations: la première du philosophe chinois Tchouang Tseu : "le meilleur usage que l'on puisse faire de la parole est de se taire". La seconde du poète grec Pindare : "le silence est le plus haut degré de la sagesse" . Quand on arrive à concilier tout ça, on se sent "utile", et on a gagné le respect des autres.

Après les années passant, il faut penser à se "renouveler". C'est plus simple à écrire qu'à faire: et pour cause. On s'imagine un peu vite que notre discours est le bon, que notre parole ne peut être mise en doute, que notre expérience fait le reste. Erreur !

Quand nos discours deviennent répétitifs, ce n'est plus bon signe ,car "s'accrocher au connu, c'est rester prisonnier de l'ignorance".  ( il m'inspire vraiment cet Yvon Rivard !).

Alors voilà pourquoi aujourd'hui je referme ce magnifique livre. Je garderai bien sûr mes amis, tous ceux avec qui j'ai partagé des moments vrais et sincères, mais le triathlon n'a plus besoin de moi, car la relève est là et bien là depuis quelques temps déjà. C'est avec plaisir que je les reverrai quand l'occasion pas forcément sportive se présentera, mais mes regards vont se porter vers d'autres horizons juste pour le plaisir de regarder sans contraintes, parfois même sans but précis, détaché de tout jugement.

Un clin d'oeil tout particulier à 3 garçons avec qui j'ai très souvent animé et qui comptent dans cette aventure. Le premier et le plus ancien  est devenu plus qu 'un "collègue de travail" un véritable ami: Olivier Bachet, dit "Speaker Oliv'". Il fait partie de cette race de communicants qui au-delà d'une verve et d'un humour hors du commun, apportent en permanence un intérêt, une joie de vivre, une connaissance, une envie de partager. Notre complicité et notre complémentarité d'ailleurs reconnues (en toute modestie...n'en déplaise à certaines  âmes chagrines) sont devenues des éléments incontournables de mes dernières années d'animateur. Et puis je le soupçonne par sa présence d'avoir "retardé" un départ qui aurait pu avoir lieu plus tôt!

Plus récemment Stéphane Garcia "Stephman" un passionné hors pair, avec lequel des liens sincères se sont noués et qui a au fond des yeux cette flamme permanente et cette "gniac" qui font de lui un des tous bons du circuit. Avec Stéphane nous avons aussi très rapidement trouvé cette osmose nécessaire à tout bon fonctionnement.

Le plus jeune de "la bande", Steve Defoor a vite compris l'intérêt d'une confiance réciproque et lui aussi  marche allègrement sur nos pas.

Les garçons je suis bien équipé pour vous tirer le portrait !!

Je n'oublierai pas Alain Roux lui aussi une connaissance de la première heure, et son rire "électrique" comme dirait Oliv' !

Toujours côté professionnel Marc-Antoine et Isabelle Guion (société IPITOS), Christian Lemasson (Chronorace), le belge qui parle plus vite que son ombre ! Pascal, Aurélien ,Fabien (GPS) font aussi partie de ces personnes qui ont grandement aidé notre évolution en mettant à notre service de très beaux outils.

Un grand merci à tous ceux, membres de la Fédération, organisateurs, présidents et responsables de clubs  qui ont croisé ma route et qui dans leur domaine de compétence ont enrichi ma perception du triathlon.

J'ai aussi été très touché par des gestes qui comptent: celui de Mélissa Grignard et Aurélien Raphaël qui m'ont invité à leur mariage il y a 15 jours, celui non moins sympathique d'Elisabeth Barraud pendant le week-end niçois. Enfin la FFTri et le beau cadeau d´être mis à l'honneur au milieu d'athlètes internationaux. 

Je ne peux bien sûr oublier celle  dont la grande compréhension et la tolérance  m'ont permis de faire ce long chemin sereinement: Christine.

Je termine avec une grande pensée pour tous les triathlètes que j'ai croisé (nombreux ont été ceux et celles qui m'ont témoigné leur sympathie ce week-end à l'Aiguillon) et pour tous ceux et toutes celles qui mettent fin à leur carrière nationale et internationale en cette saison 2013. Ils se reconnaîtront.

             Et comme le chante si bien MC Solaar : "le silence est d'or, alors je me tais".

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 ....et je vais de ce pas m'occuper (entre autre) de mon jardin....

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.....et de mes deux héros à moi : Gabin et Léane !